Couper l’herbe sous le pied des opposants de droite à l’UE
Prendre au sérieux les préoccupations des citoyens
Il faut tout d’abord se rendre compte que la droite fait tout autant partie du spectre politique démocratique que la gauche. Comme je l’ai dit, il s’agit de la droite et de la gauche, et non de l’extrême droite et de l’extrême gauche. Une deuxième étape pourrait alors consister à prendre au sérieux les préoccupations qui poussent les gens à voter ainsi. Ce sont des adultes, partons donc du principe qu’ils ont des raisons de voter ainsi, raisons que l’on ne peut pas entièrement dissiper par davantage d’informations, d’éducation politique ou d’appels moraux. Le fait que l'AfD ait, du moins pour l'instant, supplanté la social-démocratie en tant que parti des travailleurs en Allemagne devrait donner matière à réflexion. (5) Voici les conclusions de trois politologues qui mériteraient davantage d'attention dans le débat public.
Yascha Mounk sur le thème de l'immigration clandestine et de la démocratie
La migration irrégulière est une préoccupation qui inquiète la grande majorité des gens depuis des années. Ces inquiétudes sont désormais prises au sérieux, avec beaucoup de retard, aux niveaux national et européen. (6) Il est néanmoins extrêmement intéressant de lire ce qu’écrit Yascha Mounk (7) à ce sujet dans son livre publié en 2022, « La grande expérience – comment la diversité menace et enrichit la démocratie ». (8) On peut ainsi lire aux pages 272 / 273 :
« Les réformes institutionnelles peuvent contribuer à mieux aligner les démocraties diversifiées sur la volonté des électeurs. Mais les politiciens eux-mêmes doivent également accorder à nouveau davantage d’attention aux opinions de leurs électeurs. » L’immigration est un domaine politique dans lequel on pourrait avoir l’impression qu’on ne les écoute pas. « Dans presque tous les États démocratiques, les citoyens accordent une grande importance à des frontières nationales strictement contrôlées. » Certes, un traitement humain des immigrés est non négociable pour les partisans des démocraties diversifiées. « En même temps, ils sont attachés à l’idéal démocratique selon lequel la volonté claire de la majorité constitue la norme d’action. » Les principes fondamentaux de la démocratie libérale n’autorisent pas la discrimination des citoyens en raison de leur religion ou de leur origine. « Cela ne signifie toutefois pas que les démocraties libérales n’aient pas le droit de déterminer combien d’immigrants peuvent entrer sur leur territoire et dans quelles circonstances. » Il existerait en effet un lien empirique étroit entre la sécurité des frontières et l’opinion publique sur la question de l’immigration. « En gros, l’attitude envers l’immigration est souvent négative dans les pays qui semblent ne pas maîtriser leurs propres frontières. » Quiconque souhaite donc convaincre ses compatriotes des avantages d’un nombre relativement élevé d’immigrants devrait montrer « qu’il est capable de déterminer lui-même qui entre dans le pays. »
Schäfer / Zürn sur la « dimension cosmopolite » des institutions non majoritaires (INM)
L’UE est le vecteur qui permet aux Européens de prendre leur destin en main dans un monde multipolaire. Cette conception tient ou tombe avec l’emprise que les citoyens ont sur la politique nationale et européenne. Il s’agit donc à nouveau de démocratie, mais cette fois-ci expressément de la tension entre les parlements et les INM telles que le pouvoir judiciaire, les banques centrales et les organisations internationales (y compris l’UE). C'est ce sujet qu'ont notamment abordé les deux politologues Armin Schäfer (9) et Michael Zürn (10) dans leur ouvrage « Die demokratische Regression – die politischen Ursachen des autoritären Populismus » (La régression démocratique – les causes politiques du populisme autoritaire). (11) Aux pages 92 et 93, ils mettent en évidence deux évolutions distinctes qui seraient « responsables du mécontentement croissant à l’égard des démocraties existantes ». Premièrement, « on observe une réactivité sélective des parlements législatifs. Ceux-ci semblent accorder une attention particulière aux classes supérieures. Cette réactivité inégale est l’une des deux causes généralisables qui suscitent le mécontentement à l’égard du « système ». La deuxième cause serait que « les parlements et les partis – les institutions classiques de la décision majoritaire – ont relativement perdu de leur importance au fil du temps ». « Les institutions non majoritaires apportent expertise et savoir-faire à la politique. » (p. 114) Elles ne sont toutefois certainement pas politiquement neutres : « Elles contribuent à ce que des politiques cosmopolites soient codifiées et s’ancrent institutionnellement. » (p. 115) « L’appropriation de compétences par les institutions non majoritaires entraîne une dépolitisation de questions jusqu’alors politiques. » Celles-ci passent du domaine des décisions collectives « à la sphère de ce qui est supposé objectivement juste ». « Mais ce qui est juste a un accent reconnaissable, cette fois-ci cosmopolite. » Cela contribue à ce que « le fossé entre les positions des élites et celles de la population » continue de se creuser. (p. 117) Le danger réside désormais dans le fait que la déception vis-à-vis des partis populaires s’ajoute à la déception vis-à-vis des INM. (p. 118)
Un exemple : l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne sur les pays d’origine sûrs
Ce danger peut être illustré par un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) – une institution non majoritaire – rendu le 1er août 2025. (12) Premièrement, cet arrêt revêt une « connotation » cosmopolite marquée : la CJUE impose ainsi aux États membres de l’UE des limites plus strictes dans la détermination des pays d’origine sûrs. « En outre, la CJUE a estimé que, pour qu’un pays puisse être reconnu comme pays d’origine sûr, l’ensemble de la population doit y être en sécurité, y compris certains groupes de personnes, tels que les homosexuels. » (13) À ce sujet, on peut noter que même pour les États membres de l’UE, garantir la sécurité de tous est un défi qui doit être relevé chaque jour. Or, l’égalité de traitement des citoyens compte parmi les objectifs suprêmes de la démocratie et de l’État de droit. Dans de nombreux pays du monde, en contraire, la discrimination à l’égard d’une partie, voire de la majorité de la population, relève d’un programme politique. (14) Deuxièmement, cela revient à passer outre une décision du Parlement italien, une institution majoritaire. Ainsi, selon une déclaration de la Première ministre italienne, lors de l’évaluation des pays d’origine sûrs, l’appréciation des juges des États membres de l’UE prime « sur les résultats d’enquêtes complexes menées par les ministères compétents et confirmées par le Parlement souverain ». (15)
Prendre la démocratie au sérieux
En prenant au sérieux les préoccupations des citoyens, on prend également la démocratie au sérieux. Un large débat public sur cette problématique serait certainement utile. Il ne s’agit pas ici de critiquer les juges ou de dénoncer certains INM. Il s’agit – premièrement – des dangers que représente à long terme la dépolitisation des questions de société pertinentes. Et de la perte de confiance qui menace les INM en raison de leur politisation. Deuxièmement, les INM pourraient mener une réflexion critique sur les limites de leurs compétences. Elles devraient en tenir davantage compte dans leurs décisions, faire preuve de retenue dans la mesure du possible et communiquer activement cette limitation à leur mission propre. Il serait également utile – troisièmement – de respecter davantage le principe de subsidiarité : seuls les problèmes que les États membres ne peuvent pas régler eux-mêmes devraient donc être traités au niveau européen. Les partis politiques sont eux aussi confrontés à des défis de taille. Mais cela serait un sujet à part entière.
Margit Reiser-Schober
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- Euro-Barometer Frühjahr 2026
https://europa.eu/eurobarometer/surveys/detail/3613
- Rechte Parteien in Europa
https://de.statista.com/infografik/31323/stimmanteile-der-staerksten--extrem--rechten-parteien-in-ausgewaehlten-laendern-bei-den-letzten-parlamentswahlen/
- Aus dem AfD-Wahlprogramm zur Europawahl 2024, S. 10:
„Angesichts der Tatsache, dass die EU nicht reformierbar ist, treten wir für die Gründung eines Bundes europäischer Nationen ein. Die Entscheidung über eine neue Form des Zusammenlebens der Völker in Europa darf in Deutschland nach Vorstellung der AfD nur durch eine Volksabstimmung getroffen werden.“
https://www.afd.de/wp-content/uploads/2023/11/2023-11-16-_-AfD-Europawahlprogramm-2024-_-web.pdf
- Polen:
Konföderation der Freiheit und Unabhängigkeit
https://de.wikipedia.org/wiki/Konfederacja_Wolno%C5%9B%C4%87_i_Niepodleg%C5%82o%C5%9B%C4%87
Tusk
https://euractiv.com/de/news/tusk-spiegelt-in-polen-die-agenda-der-extremen-rechten-wider
- AfD wird von Arbeitern gewählt:
https://www.tagesschau.de/inland/afd-vermeintliche-arbeiterpartei-analyse-100.html
- Heute, 12. Juni 2026, tritt das neue EU-Asylrecht in Kraft:
https://www.bundesregierung.de/breg-de/aktuelles/migration-geas-2382758
- Yascha Mounk
https://de.wikipedia.org/wiki/Yascha_Mounk
- Yascha Mounk:
„Das große Experiment – wie Diversität die Demokratie bedroht und bereichtert“
https://www.droemer-knaur.de/buch/yascha-mounk-das-grosse-experiment-9783426278505?srsltid=AfmBOoo7cECvtGpWrZ-Da49dM7d49OWdb3-yFsneXqpHS-A6_oxib7jn
- Armin Schäfer
https://www.armin-schaefer.de/
- Michael Zürn
https://wzb.eu/system/files/docs/ipl/gg/20240830%20Zurn_CV_DE_1_2.pdf
- „Die demokratische Regression – die politischen Ursachen des autoritären Populismus“
Bundeszentrale für politische Bildung, 2021, Schriftenreihe Band 10736
https://www.suhrkamp.de/buch/die-demokratische-regression-t-9783518127490
„Die schwindende Macht der Mehrheiten - Weshalb Legitimationskonflikte in der Demokratie zunehmen werden“, WZB-Mitteilungen März 2013
https://www.wzb.eu/de/publikationen/wzb-mitteilungen/legitimitaet-und-demokratie
- EuGH-Urteil vom 1. 8. 2025
https://infopoint-europa.de/de/articles/eugh-die-einstufung-sicherer-herkunftslaender-bleibt-moeglich-aber-nur-mit-gerichtlicher-kontrolle-und-offenlegung
- Tagesschau: EUGH–Entscheidung über sichere Herkunftsstaaten
https://www.tagesschau.de/ausland/europa/eugh-sichere-herkunftsstaaten-100.html
- Besonders eklatant: Frauen in Afghanistan
https://www.deutschlandfunk.de/leben-unter-den-taliban-eindruecke-aus-afghanistan-100.html
- FAZ zum Urteil des EuGH
https://www.faz.net/aktuell/politik/ausland/eugh-setzt-huerden-fuer-listen-sicherer-herkunftslaender-110617723.html